Cameroun- Opération Epervier : voici pourquoi le TCS ouvre une chasse à l’homme contre le DG de la CNPS

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L’homme qui a hissé la Caisse nationale de Prévoyance sociale (Cnps) au rang d’entreprise nationale ayant le meilleur résultat financier l’année dernière et qui a profondément modernisé et rationalisé la gestion de l’institution est la cible d’une nébuleuse qui a décidé de l’envoyer en prison. La manœuvre, sourde jusqu’ici, a éclaté au grand jour la semaine dernière.

C’est un spectacle inhabituel qui s’est offert aux employés de la Caisse nationale de Prévoyance sociale (Cnps) logés au 4è étage de l’immeuble siège à Yaoundé, le lundi, 21 octobre 2018 aux environs de 10h. Cinq hommes en tenue sont venus cueillir M. Allen Enow Bechem Bechem Mbuagbw, l’adjoint au directeur des Finances et du Patrimoine de l’institution, qu’ils ont interpellé sans autre forme de procès. Menottes aux poignets, le haut cadre de la Cnps a été conduit dans le car de la police garé à l’entrée de l’immeuble, sous le regard médusé de ses collaborateurs et des autres responsables présents, avant d’être transporté dans les locaux du Corps spécialisé des officiers de police judiciaire du Tribunal criminel spécial (TCS) au Palais de justice. M. Enow Bechem Bechem Mbuagbw y a été gardé jusqu’à 22h, au moment où il a été remis en liberté sous caution.

Selon des sources policières, la descente musclée des officiers de police judiciaire (OPJ) du TCS à la Cnps s’est faite dans le cadre de l’exécution d’un mandat d’amener décerné par le procureur général près la juridiction spéciale. Il était officiellement reproché à l’adjoint au directeur des Finances et du Patrimoine d’avoir refusé d’honorer deux convocations qui lui auraient été adressées les jours précédents. Il aurait repoussé lesdites convocations «avec arrogance», déclarant être soutenu par un parent haut placé dans la magistrature. C’est ce qui aurait servi de prétexte à l’humiliation que le concerné a subi. Il n’a été remis en liberté que lorsque le directeur des affaires juridiques et du contentieux (DAJC) de la Cnps, le magistrat Salomon Mengang, s’est offert en caution, tard dans la soirée de ce lundi-là, s’engageant à assurer la représentation de son collègue en cas de nouvelle convocation.

M. Enow Bechem Bechem Mbuagbw, qui a été auditionné jusqu’à 17h au cours de son passage dans les locaux de la Division chargée des enquêtes judiciaires du TCS, conteste catégoriquement les allégations de la police. Selon les sources proches de l’enquête, l’intéressé aurait déclaré n’avoir jamais reçu et donc jamais repoussé la moindre convocation venant du Corps spécialisé des OPJ du TCS.

Mais une discussion avec le patron de l’unité, le commissaire divisionnaire William Oko Petis, aurait permis de comprendre que les convocations en question avaient été adressées non pas directement au concerné (retrouvé sans la moindre difficulté par les policiers quand ils l’ont voulu) mais par le canal du DAJC. Ce sont les déclarations attribuées à M. Mengang qui auraient servi de base à l’interpellation spectaculaire de lundi matin, ce que le magistrat n’a pas confirmé en dépit d’une demande expresse de Kalara.

Enquêtes approfondies

En fait, le directeur adjoint des Finances et du Patrimoine de la Cnps n’est pas le premier responsable de cette entreprise publique à faire l’objet des attentions de la Division des enquêtes du TCS ces derniers temps. Mais, en décidant de le faire interpeler brutalement, le procureur général près le TCS est simplement monté d’un cran dans ce qu’il convient de considérer comme la chasse lancée contre le directeur général de cette entreprise sociale.

Depuis le 23 juillet 2019, en effet, Mme Aimée Justine Ngounou Tchokonthieu diligente à travers les OPJ rien moins qu’un audit déguisé de certains pans de la gestion de l’organisme de sécurité publique. En séjour à l’étranger au moment du rebondissement de lundi dernier, M. Mekulu Mvondo a d’ailleurs déjà été auditionné comme suspect dans le cadre d’une enquête qui le vise au premier chef. Le DG fait l’objet de nombreuses réquisitions pour présenter des documents qui lui sont exigés dans le cadre des recherches menées par les OPJ du TCS.

Qu’est-ce qui est donc reproché à M. Mekulu Mvondo ? Les sources de Kalara ne sont pas encore en mesure de le dire de façon précise et complète. Ce qui est sûr, c’est que le procureur général près le TCS, qui a prescrit «l’ouverture d’enquêtes approfondies », dit agir «suite aux dénonciations de détournement de biens publics à la Cnps».

Le DG et nombre de ses collaborateurs parmi lesquels presque tous les chefs des centres de prévoyance sociale de la Cnps, le directeur des Finances et du Patrimoine puis son adjoint, mais aussi le chef de service de la coopération et le Commissaire aux comptes de l’organisme, ont déjà été convoqués et entendus comme suspects. Le dernier en date est justement M. Allen Enow Bechem Bechem Mbuagbw. Des interdictions de sortir du territoire auraient été émises en direction de la police des frontières à l’encontre de certains suspects, comme M. Atangana Patrice, le commissaire aux comptes, dont le passeport a déjà du reste été retiré.

Le procureur général aurait également adressé des réquisitions à toutes les banques pour cerner le montant des avoirs réels de la Cnps. Et le DG fait l’objet de demandes (réquisitions) régulières de documents de la part du commissaire divisionnaire William Oko Petis.

Entre autres documents sollicités par la police judiciaire, il y a toutes les «polices d’assurance des personnels et véhicules automobiles de la Cnps renouvelés de 2009 à 2019», les «actes de reclassement de tous les agents de la Cnps reclassés de 2015 à 2019 en 11è et 12è catégorie», «tous les actes de vente et d’achat de terrains ou d’immeubles bâtis signés par la Cnps de 2009 à 2019, ainsi que les rapports des expertises effectuées dans le cadre desdites transactions immobilières», des copies des documents financiers (ordres de virement, factures, listes des bénéficiaires des pensions vieillesse, et autres correspondances) ».

En principe, suite à une autre réquisition du 16 octobre dernier, le DG de la Cnps est invité à présenter aux OPJ du TCS «tous les documents (actes de ventes notariés, rapports d’expertise immobilière, chèques ou ordres de virements, bordereaux de versements, adresses complètes des acheteurs, autorisations du ministre des Finances et du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, délibération du conseil d’administration de la Cnps, visa de la présidence de la République, etc.) retraçant la session, par morcellement, de certains biens fonciers de l’organisme, notamment un terrain à Douala (Bassa Beedi) et un autre, toujours à Douala (Makepe). A noter que certains documents sollicités, par exemple le prétendu visa de la présidence de la République, n’existe dans aucune réglementation concernant la gestion des entreprises publiques…

Vieux Bélibi…

Si les recherches se poursuivent, certaines sources de Kalara indiquent qu’il a déjà été spécifiquement reproché à M. Mekulu Mvondo Akame, au cours de son audition, début août 2019, d’avoir conservé sa fonction de DG de la Cnps bien au-delà du mandat dont la durée légale culmine en principe à 9 ans. Le procureur général près le TCS lui aurait également fait grief, toujours à travers les OPJ du TCS, d’avoir fait élaborer et fait adopter par le conseil d’administration les états financiers de l’entreprise en tenant prétendument l’Agent comptable en dehors du processus (nous y reviendrons). M. Mekulu Mvondo Akame a aussi été interrogé sur un contentieux sur les loyers qui opposerait la Cnps au très célèbre Vieux Bélibi, propriétaire d’un immeuble qui a longtemps abrité le Centre de prévoyance sociale de la Cnps à Mvog-Mbi, à Yaoundé.

Comme son DG, M. Allen Enow Bechem Bechem Mbuagbw a été aussi auditionné sur la situation entre la Cnps et M. Belibi (qui se pavanait dans les bureaux de la division des enquêtes du TCS à ce moment, selon des témoins), mais aussi sur le processus de vente de certains immeubles non bâtis de l’entreprise, notamment en 2010. Il aurait été aussi questionné sur son rôle dans certaines transactions financières. Pour l’heure, ni le montant des prétendus détournements de fonds publics suspectés, ni les faits précis à l’origine de ces présumées malversations ne sont connus. Le DG et ses collaborateurs sont de ce fait mis sous pression pour fournir de quoi se faire éventuellement coincer par le TCS. Ce n’est pas la première fois que la tête de M. Mekulu Mvondo Akame est mise à prix par le TCS.

Il y a environ deux ans, en 2017, une autre enquête policière avait déjà été déclenchée par Mme Aimée Justine Ngounou Tchokonthieu contre le DG de la Cnps suite à une dénonciation des délégués du personnel. A l’époque, le DG était suspecté d’avoir détourné la somme de 84 millions de francs dans un processus d’optimisation fiscale initié pour ramener à leurs justes proportions les taxes et impôts prélevés dans la rémunération du personnel de la Cnps.

Le DG, mais aussi M. Tchekane Alama Philippe, expert-comptable et promoteur du cabinet TTC Consulting, chargé de la prestation, avaient été entendus par les OPJ du TCS avant que l’affaire soit classée. L’enquête de 2017 était en fait une reprise d’une précédente enquête menée en 2009 par la direction de la police judiciaire et déjà classée sans suite.

Source: camer.be

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