Détournements: voici ces militaires qui percevaient le salaire d’un collègue décédé

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Incarcérés, ils sont accusés de détournement de fonds publics pour avoir usé de supposés documents falsifiés pour toucher le salaire d’un soldat dont le décès n’avait pas été signalé à l’administration. Ils rejettent désormais la paternité du forfait qui a duré plus de deux ans.

Le soldat de 2e classe Serges Bertrand MBIAMBE est décédé dans la ville de Bertoua. Au moment de son décès, il était en service dans la localité de Maltam dans la région de l’Extrême-Nord. Il était célibataire, et père d’un enfant. Son héritage est au centre d’une bataille judiciaire. En effet, Eugène NDOKO, qui passe pour son cousin, et Etienne Joseph NGOUME OTELE, tous militaires, sont en jugement devant le Tribunal de grande instance (TGS) du Mfoundi.

Le ministère public et l’Etat du Cameroun représenté par le ministère des Finances (Minfi) les accuse d’avoir mis sur pied un stratagème qui leur avait permis de soutirer au trésor public une somme évaluée à un peu plus de 3,3 millions de francs durant la période allant du 26 mai 2011 au 25 octobre 2013. L’argent au centre du procès est en réalité la somme cumulée du salaire versé au défunt soldat MBIAMBE, et viré successivement dans un compte courant ouvert dans les livres de la microfinance la régionale, puis à Atlantic Bank.

Selon l’accusation, les services du trésor public qui n’avaient pas été informés à temps du décès de M. MBIAMBE avait continué à payer régulièrement à ce dernier son affaire. Et les militaires incriminés avaient dons vu une aubaine pour se faire plein les poches, pour réussir le coup déploré, les mis en usage de documents falsifiés d’identité (CNI) établie avec le nom du défunt mais comportant la photo de M. NGOUME OTELE, ainsi que d’autres pièces personnelles du défunt : les diplômes, bulletins de paie, l’attestation de virement irrévocable, entre autres. C’est à travers ces documents que l’argent querellé était décaissé chaque mois par M. NGOUME OTELE.

Désaccord stratégique

Les faits supposés sont qualifiés de détournement de derniers publics, de prise d’une fausse filiation dans un acte de faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques. Incarcérés à la prison centrale de Yaoundé depuis 2014, M. NGOUME OTELE plaide coupable tandis que son compagnon d’infortune nie les faits mis à sa charge.

Le 16 mai 2019, le tribunal a entendu les parties. En exposant les faits au centre de l’affaire, le magistrat du parquet a expliqué que le forfait décrié a été mis en lumière grâce à un « désaccord sur le partage » du butin qui a opposé les coaccusés. Selon lui, Eugène NDOKO, mécontent de la gestion des fonds litigieux effectuée par son coaccusé, avait mis la puce à l’oreille de Daniel MOMO, le gestionnaire du compte du défunt soldat à Atlantic Bank, où était viré les fonds à la banque qu’un imposteur percevait indûment le salaire de son défunt cousin MBIAMBE. Suite à ces informations, le compte en question était mis en observation pour attraper le fraudeur la main dans le sac.

Plus loin, le ministère public a indiqué que M. NDONKO était revenu des mois après demander au gestionnaire du compte de lever la mesure de surveillance sur le compte litigieux au motif que tout est rentré dans l’ordre. La banque ne l’avait pas suivi, le guet-apens mis sur pied par le gestionnaire avait permis d’interpeller M. NGOUME OTELE en possession de la fausse carte nationale d’identité entrain de percevoir le salaire…

Ce dernier est passé aux aveux complets en en dénonçant M.NDONKO comme son complice ; la personne qui avait mis à sa disposition toutes les pièces personnelles du défunt soldat nécessaires pour monter la fraude décriée. Après le récit déroulé par le ministère public, le tribunal a estimé les charges suffisantes pour que les accusés apportent les arguments de leur défense.

Fuite des documents

NGOUME OTELE a acquiescé à la version des faits livrée par le ministère public. Il déclare que c’est de commun accord avec son coaccusé que la fraude décriée a été échafaudée. Il dit avoir remis la somme de 300 mille francs à M. NDOKO pour obtenir les pièces personnelle du défunt soldat, mais précise n’avoir versé aucun radis des fonds litigieux qu’il percevait indûment à son coaccusé. L’argent était décaissé dans les guichets automatiques.

Pour sa part, M. NDOKO a rejeté en bloc les allégations de son coaccusé qu’il dit n’avoir connu que dans le cadre de leur présent procès. Il explique que c’est lui qui détenait les effets de son cousin après son décès, avec lesquels il envisageait d’engager le jugement d’hérédité en vue de l’ouverture de sa succession. Un peu confus, il affirme que c’est en allant vérifier à Atlantic Bank si le capital décès de l’ancien soldat était disponible qu’il a découvert la fraude imputée à son compagnon d’infortune.

« Comment donc votre coaccusé a fait pour obtenir les pièces du défunt ? », interroge le procureur de la République. En réaction, M. NDOKO raconte qu’un jour, alors qu’il allait en mission, il avait remis les effets du défunt soldat qu’il détenait chez-lui à un certain Romain MBELEM BIPAM qui a facilité la falsification des documents en cause. Pour battre en brèche ces affirmations, le ministère public a lu quelques extraits de sa déposition faite lors des enquêtes dans lesquels l’accusé était passé aux aveux.

Le ministère public a requis la condamnation des accusés. L’avocat de M. NGOUME OTELE a imploré la clémence du tribunal en disant que son client est impliqué dans l’affaire simplement parce qu’il a dénoncé la fraude. Verdict ce 4 juin.

Source: camerounactuel.com

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