Dialogue national: voici les prémices de discussions entre ‘Biya’ et les sécessionnistes

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Mardi, onze mouvements « ambazoniens » ont affirmé « leur disponibilité à s’engager dans une négociation sous la médiation d’une tierce partie ».

Un dialogue direct va-t-il s’ouvrir afin de mettre un terme à la plongée vers l’abîme du Cameroun anglophone ? Les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à un conflit entre groupes séparatistes et forces gouvernementales, livrent désormais chaque semaine leur lot d’atrocités.

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Les images de la mort de Martha, un bébé de 4 mois tué lundi 20 mai à Muyuka, au moment où était célébrée à Yaoundé la fête nationale dans un climat de désunion politique, ont provoqué une vague d’indignation mais aussi un torrent d’insultes sur les réseaux sociaux et une polémique de plus sur les responsables du drame : le gouvernement a pointé « des individus issus des bandes criminelles », en clair des sécessionnistes anglophones, quand les parents de la victime ont accusé des soldats. Le lendemain, nouvelle scène d’horreur avec la tête coupée d’un enseignant d’histoire-géographie, posée ostensiblement sur un carrefour de Bamenda.

« Ils fonctionnent un peu à l’iranienne »
Quelques jours avant que ces exactions ne viennent ajouter à l’effroi et aux invectives, le premier ministre Joseph Dion Ngute était pourtant venu dans cette même ville, porteur d’une offre de dialogue du président Paul Biya dans laquelle, « hormis la séparation et la sécession, toute autre chose peut être discutée ».

Depuis la prison centrale de Kondengui, Sisiku Julius Ayuk Tabe, le président autoproclamé de « la République d’Ambazonie » (la nation que les séparatistes veulent voir naître), a répondu à cette main tendue dans une lettre rendue publique le 27 mai. Le leader indépendantiste, arrêté dans un hôtel d’Abuja le 5 janvier par les services nigérians puis transféré à Yaoundé, a cependant posé certaines conditions. Jugé avec neuf co-accusés devant un tribunal militaire qui les poursuit notamment pour des actes de « terrorisme », il demande la libération de tous les prisonniers arrêtés depuis le début de la crise (ils seraient près de 2 000 selon une bonne source), le retrait de l’armée des deux régions anglophones et que les pourparlers se tiennent à l’étranger.

L’autorité de Sisiku Julius Ayuk Tabe se limite cependant à la dizaine de milices sécessionnistes qui se sont formées depuis que la crise politique est devenue conflit armé, fin 2017. « Ayuk Tabe s’est fait connaître par son emprisonnement. Il n’existe pas de figure centrale connue chez les anglophones, où la majorité des leaders sont issus de la diaspora installée aux Etats-Unis et coupés du terrain. En fait, ils fonctionnent un peu à l’iranienne, avec un dirigeant visible qui n’est pas forcément le véritable chef », relate un connaisseur des groupes rebelles qui ont proliféré dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Concurrence entre médiateurs 
Derrière les conditions posées par le président autoproclamé de « l’Ambazonie » et le pas en avant du premier ministre camerounais, des prémices de négociations sont en fait déjà engagées, sur fond de divisions entre groupes indépendantistes, de rivalités internes au sein des autorités et d’une certaine concurrence entre médiateurs.

Selon les informations du Monde Afrique, une réunion préparatoire s’est tenue à Genève, les 17 et 18 mai, sous l’égide du Centre pour le dialogue humanitaire, une organisation proche de la diplomatie suisse, mandatée par les autorités camerounaises pour engager des discussions avec les groupes séparatistes. Signe de la difficulté à réunir autour d’une même table les principales personnalités « ambazoniennes » et de leur niveau d’inquiétude : la veille de la rencontre, effrayés par la rumeur qu’une fois débarqués à Genève ils seraient arrêtés et livrés à Yaoundé, certains chefs rebelles ont annulé leur déplacement et participé aux premières discussions par visioconférence.

Mardi 28 mai, onze « mouvements de libération de l’Ambazonie » ont publié un communiqué pour « déclarer leur disponibilité à s’engager dans une négociation avec la République du Cameroun sous la médiation d’une tierce partie ». Du côté du pouvoir, le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, a été chargé de mener les éventuels pourparlers. Mais est-il pour autant le seul négociateur désigné par Paul Biya ?

Selon nos informations, Léopold Maxime Eko Eko, le chef des services de renseignement extérieur, a travaillé à l’ouverture de pourparlers dans une capitale d’Afrique de l’Est ou dans celle d’un Etat anglophone d’Afrique de l’Ouest. Cette piste serait actuellement abandonnée ou du moins suspendue. Le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, natif de Bamenda, a également initié des contacts. « L’approche de discussions provoque des turbulences au sein des groupes et du gouvernement, mais aussi une compétition quasi commerciale entre médiateurs », relate une source très introduite au sein de ce processus naissant.

La carotte de l’amnistie, le bâton de la répression 
En effet, outre le Centre pour le dialogue humanitaire, Paul Biya a reçu en avril au palais d’Etoudi des émissaires de la Communauté de Sant’Egidio, souvent décrite comme la diplomatie souterraine du pape. Selon nos sources, le chef de l’Etat camerounais souhaiterait laisser aux Suisses la gestion des relations avec les groupes formés depuis la diaspora et à Sant’Egidio la médiation avec « les gens de l’intérieur ». Cependant, Paul Biya, qui veut avant tout éviter une internationalisation et une trop grande exposition publique du dossier, aurait exprimé des réticences à voir l’Eglise catholique s’impliquer, les prélats camerounais étant, à l’image du pays, extrêmement divisés sur la question.

D’autres organisations ont également proposé leurs services, comme le European Institute of Peace, basé à Bruxelles, qui a reçu ces derniers jours certains leaders ambazoniens, ou la plus surprenante fondation américaine Pave the Way, qui se présente comme « l’organisation la plus efficace dans le monde dont personne n’a jamais entendu parler ».

Sous couvert d’anonymat, un habitué des négociations de paix résume la situation : « Nous sommes dans une phase anté-préparatoire, mais le problème porte sur la réelle volonté de négocier des autorités. Elles espèrent encore que la technique de la carotte de l’amnistie et du bâton de la répression marchera. Par ailleurs, les pressions extérieures sont très relatives. Tout le monde est extrêmement prudent avec le Cameroun. » Le statut, désormais en partie galvaudé, de rare Etat stable d’Afrique centrale et de partenaire dans la lutte contre le djihadisme, offre quelques bienveillances de la part des chancelleries.

Source: Lemonde.fr

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