Discours: voici l’erreur fatale que Paul Biya doit éviter

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Cette fois-ci serait la bonne. Après le canular qui annonçait une adresse à la nation du président pour samedi dernier, un communiqué signé lundi (9 septembre 2019) du directeur du cabinet de la présidence de la république Mvondo Ayolo, a officiellement annoncé la prise de parole du chef de l’Etat « dans un message radio-télévisé, le mardi 10 septembre 2019 à 20 heures ».

Le message présidentiel attendu arrive dans un contexte où le Cameroun risque une implosion du fait des nombreuses crises sociopolitiques et sécuritaires qui l’assaillent de parts et d’autres, et dans lesquelles des observateurs voient la conséquence de l’obstination du premier Camerounais –mal avisé par ses collaborateurs manifestement convertis en investisseurs de guerre- à jouer les chefs de guerre et de clan, plutôt que le bon père de famille au-dessus de la mêlée.

Une observation d’autant moins dénuée de fondement que les positions séditieuses ne se sont jamais autant raidies que lorsque le chef de l’Etat a pris sur lui de déclarer la guerre à ses compatriotes contestataires –qu’il n’a jamais pris la peine d’écouter en bonne et due forme, sans duplicité, ou les a arrogamment appelés à une impérative reddition ou allégeance.

Du coup, de nombreux Camerounais estiment qu’au regard du contexte actuel marqué, d’une part par la persistance de la “crise” anglophone, qui ne risque pas de connaitre un début d’issue après la condamnation à la perpétuité des leaders sécessionnistes par la justice militaire réputée être sous la botte du président de la République, et d’autre part par un climat politique des plus potentiellement explosifs avec la détention abusive des centaines de citoyens qui risquent la peine capitale pour avoir dénoncé ce qu’ils ont considéré comme l’injustice ayant sanctionné le scrutin présidentiel d’octobre 2018, le chef de l’Etat serait bien inspiré de poser la balle à terre, de cesser pour une fois de brandir les muscles de l’Etat (entendu ici comme les forces de défense et de sécurité ainsi que la justice à sa solde) qui est au service des Camerounais et non l’inverse, et d’appeler à un dialogue qui se voudra inclusif et sans condition, l’objectif devant être in fine d’en arriver à une paix totale, et non de faire la paix avec d’aucuns pour continuer la guerre avec d’autres.

Il n’en reste pas moins bien entendu que Paul Biya reste le maître du jeu, et qu’il donnera le ton de la musique que les Camerounais joueront à partir de ce soir. Si en patriarche de bon conseil il veut laver le linge sale en famille, en remettant en liberté les citoyens dont son régime a confisqué la liberté de mouvement, et qui sont pourtant les véritables interlocuteurs de son camp dans le cadre d’une quête sincère de la paix, nul doute que ses compatriotes qui ne désespèrent pas d’un retour à la normale lui emboîteront le pas. Et c’est tout le mal que l’on peut souhaiter à ce pays et à son chef qui se sont tant et si sauvagement offensés que même les plus optimistes ne voient pas d’autre issue à la confrontation que le départ du pouvoir de celui qui préside aux destinées du Cameroun depuis environ 37 ans.

Mais s’il désire -sur les conseils de Atanga Nji Peter et autres- continuer de se vautrer dans la fange sanglante de la provocation au nom du monopole de la violence légitime dont ses juristes à la noix affublent l’Etat, suivie de la réaction de ses compatriotes et clôturée par la répression grâce aux bons soins de son armée et de sa justice, ce sera tout aussi à son “honneur” de « chef qui ne se laisse pas conter et qui ne cède pas aux pressions », et il ne restera plus qu’à souhaiter que grand bien lui fasse.

En attendant, le Cameroun entier, assoiffé de normalisation, mais pas au prix de l’intimidation, est scotché aux lèvres de son chef.

Source: cameroonvoice.com

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