Négociation de Genève: Paul Biya au four et au moulin, voici pourquoi!

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C’est dans le cadre du Palais des Nations que le président de la République, Paul Biya travaille à la forme et au contenu du dialogue qu’il a annoncé par la bouche du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le 17 mai 2019. Accusé de traîner les pieds, depuis lors Paul Biya a pourtant engagé le chantier qu’il suit personnellement à en croire son entourage.

Il a confié les termes de référence de ce cadre de travail à un groupe de travail conduit par l’ancien ministre Oben Tanyi Mbianyor (originaire des régions anglophones) qui a rendu sa copie et s’occupe des autres aspects à lui confiés par le chef de l’exécutif camerounais. Loin du tumulte des marches et attaques, Paul Biya s’est retranché avec ses collaborateurs dont les effectifs ont été renforcés pour finaliser la documentation relative aux pourparlers avec les parties prenantes au dialogue attendu de tous les vœux.

Par ailleurs, avec le soutien du gouvernement helvétique, le Centre pour le dialogue humanitaire (Hd) a invité plusieurs leaders sécessionnistes à participer à une discrète réunion préparatoire aux échanges avec les autorités camerounaises, du 25 au 27 juin, à Saint-Luc, un petit village du canton du Valais en Suisse. Des rencontres qui coïncidaient avec l’arrivée à Genève en Suisse du leader camerounais.

Ce qui a fait dire que Paul Biya y séjournait pour des rencontres informelles avec les leaders séparatistes. Il n’en est rien. Du moins pour le moment. De sources dignes de foi, les leaders de la rébellion sont arrivés en ordre dispersé dans une station des Alpes valaisannes. Au sein de ces groupuscules réclamant la partition du Cameroun, il existe des divergences profondes quant à leur participation à la main tendue de Paul Biya.

Ouvertement maximalistes

Accueillis en toute discrétion par des représentants du Département fédéral des affaires étrangères (Dfae), il leur a été longuement expliqué la nécessité de prendre part à de telles discussions. En guise de réponse, sans en être fermement opposés, les chefs militaires de certains groupes armés se sont montré ouvertement maximalistes. «Chose normale», a commenté un diplomate proche du dossier.

«On le voit toujours à l’occasion des négociations. Chacun place la barre très haut. Puis, progressivement, on va vers le juste équilibre. Le plus difficile pour nous aurait été de ne rencontrer personne en ce moment où l’on est enlisé. Les groupes armés ne savent plus quoi faire. D’où le harcèlement incessant», commente le diplomate joint par Essingan.

D’après les autorités suisses qui ont officialisé à cette occasion leur rôle de médiateur dans la crise anglophone au Cameroun, il s’agit d’un calendrier de rencontres planifiées avec différentes parties prenantes à la vie politique au Cameroun. A ce propos, certaines formations politiques de l’opposition ont été reçues.

C’est au mois de mai 2019 que le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute, en mission de réconciliation dans les deux régions anglophones du pays (Nord-ouest et Sud-ouest), avait annoncé les bonnes dispositions du chef de l’État à ouvrir un dialogue avec les sécessionnistes anglophones. Avant cette étape, le 12 juin 2019, le Cameroun avec son partenaire de l’Union européenne (Ue) a passé en revue la situation socio-politique du pays.

Cesser la violence

Le partenaire européen a salué les efforts consentis par le gouvernement pour construire un dialogue. «Nous saluons les initiatives tout récemment prises par le président de la République en vue d’ouvrir un dialogue véritable et constructif qui permettra une sortie durable et non-violente de la crise, tout en préservant l’unité nationale», a déclaré le chef de la délégation de l’Ue au Cameroun, Hans-Peter Schadek.

Si l’Union européenne tend à reconnaître que les prémices de la construction d’un dialogue sont visibles, pour le vice-président du Social Democratic Front (Sdf), par ailleurs député et candidat malheureux à, la présidentielle du 07 octobre 2019, Joshua Osih, rien n’a encore été fait dans ce sens.

«Le dialogue n’a pas encore été entamé. Nous ne sommes même pas encore au début des préparatifs des conditions pour aller vers un dialogue. Vous savez que l’impératif serait que cesse la violence. Il est impossible de discuter tant qu’il y a violence dans ces deux régions. Les écoles, les hôpitaux sont fermés, tout le monde tire sur tout le monde», a indiqué cet homme politique, estimant que les conditions d’un dialogue n’étaient pas encore mises en place.

«Il faut une architecture pour parvenir au dialogue. Qui est-ce qui participe au dialogue, comment est-ce que ces participants seront sélectionnés? Les sécessionnistes se posent la question de savoir avec qui ils discuteront, le gouvernement camerounais pose la même question. En plus, si on va parler du problème des Anglophones autour de la table avec huit francophones et deux anglophones, on perd son temps», ajoute Joshua Osih non sans dire que pour qu’il y ait «un véritable dialogue, il faut pouvoir s’accorder sur les points qui feront l’objet de la discussion».

Il faut pour lui, s’accorder si on parlera des réformes institutionnelles. Car ce Député Sdf rappelle que lors de la descente du Premier ministre, Joseph Dion Ngute dans les régions anglophones, le chef du gouvernement avait indiqué que le gouvernement est prêt à parler de tout, sauf.de la sécession du Cameroun.

La crise anglophone est née de revendications corporatistes des enseignants et des avocats des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun, en octobre 2016. Malgré les réponses gouvernementales apportées au mécontentement de ces deux corps de métiers, la crise s’est muée en revendications séparatistes dès fin 2017, causant 1850 morts en 20 mois.

Au plan économique, l’on assiste à une véritable catastrophe. Celle-ci se traduit bien par la situation que vit la Cameroon Development Corporation (Cdc). En effet, pour la sécurité de ses 22 000 employés et ses installations, dont certaines servent désormais de camps d’entraînements aux séparatistes, cette unité agro-industrielle publique, deuxième employeur du pays après l’État, a dû provisoirement fermer boutique.

Source: Essingan N° 219

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