Sérail: voici ces officiers de Biya qui ont sauvé le dialogue à la dernière minute!

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Alors que plusieurs voix avaient commencé à s’élever pour prédire l’échec du Grand dialogue national face à la razzia des cadres et militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le président Paul Biya a très vite fait de sortir subtilement le grand jeu, en faisant appel à la vieille garde constituée de ses officiers de réserve que sont Ibrahim Mbombo Njoya, Chief Victor Mukete, Edouard Akame Mfoumou et autres Simon Munzu.

A l’annonce de ce grand dialogue, j’ai pensé qu’enfin les fils et filles de ce pays pourraient se retrouver pour panser les plaies, se pardonner, se réconcilier et rétablir un nouveau contrat basé sur la confiance, l’honnêteté et la vérité. Mais au soir du 24 septembre, voyant comment les consultations se passent, je suis plus que inquiet en réalisant que ce sont les mêmes qui, pendant longtemps ont pris le peuple en otage et se réjouissent de leurs misères qui se positionnent encore comme ceux par qui le dialogue va passer (…) ».
Ces termes sont ceux du chef Sokoudjou Chendjou, qui, il y a quelques jours, s’étranglait pratiquement de colère en se disant que le Rdpc avait déjà verrouillé le Grand dialogue national. Passé ce haut-le-cœur bien légitime du roi des Bamendjou, il faut d’abord que nous nous accordions à admettre que ce dignitaire de l’Ouest n’a pas entièrement tort. Et pourquoi ?

D’abord parce que quand tout le monde se déboutonnait pour réclamer la tenue du dialogue inclusif, ce sont les mêmes qui, hier, n’avaient pas arrêté de s’engoncer dans leurs filets de flanelle pour ronronner que ce dialogue inclusif n’avait plus aucune raison de se tenir, le gouvernement ayant, à leurs yeux, épuisé dans ce registre toutes les cartes avec les avocats et les enseignants depuis le début de la crise sécuritaire dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-ouest. Du coup, même dans le proche entourage du président de la République, on cadenasse.

Pour les extrémistes, ce serait même le scénario du pire si on engageait des négociations avec ces terroristes qui ne sont pas représentatifs. Celui du gâchis des occasions ratées et de la régression. D’ailleurs avec qui va-t-on engager le dialogue ? s’interroge-t-on à suffisance pour tenter de convaincre qu’il n’y a personne en face. Pour ce faire, dans ces hautes strates de l’appareil d’Etat, on croit se prémunir contre la rouille en verrouillant : pas de contact avec ceux qui assassinent, pillent et incendient en mettant à mal l’unité nationale et le vivre ensemble.

Subterfuges

Fondés sur l’idée même de la supériorité de nos forces de défense et de sécurité, et de leur puissance de feu, les plus radicaux prônent la fermeté et la stratégie de la terre brûlée. Alors question : en prônant ainsi la fermeté, se sont-ils une fois seulement émus de la misère de ces pauvres hères extenués que la situation de crise a rendus sans-domicile-fixe depuis de longs mois pénibles et intenables ?

Ensuite, arrêtons-nous ici un instant pour dire qu’il ne nous souvient pas que beaucoup de voix se soient élevées des rangs du Rdpc pour réclamer l’accélération du processus de mise en route de la décentralisation, depuis que celle-ci a été introduite dans la loi du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972, malgré les nombreuses lois visant son implémentation et la récente création de tout un ministère. D’ailleurs, ne faut-il pas souligner en passant qu’en parcourant cursivement le rapport de la « Commission décentralisation et développement local », on constate ensemble que notre pays a de très bons textes.

Malheureusement, que personne ne prend jamais la peine de lire, de comprendre et de chercher à appliquer. Le pouvoir, son fumet et ses délices paraissent chaque fois, trop importants aux yeux des uns et des autres que tout autre chose. Pourtant tout est bien écrit, il suffit juste d’implémenter…Aux yeux de nombreux observateurs, ce sont les mêmes qui hier ont usé de nombreux et divers subterfuges pour bloquer la décentralisation en la prenant comme une décentralisation de délégation de crédits, qui se sont habilement accaparés de toutes les commissions du Grand dialogue national, donnant raison à ceux qui croient que cette frénésie manœuvrière n’est qu’un des nombreux symptômes du malaise profond qui étreint le parti au pouvoir depuis quelques années. Qu’il nous paraisse juste ou sévère, le jugement du chef Bamiléké se refère par conséquent à ce que tout le monde observe. En commençant par le président Paul Biya, lui-même. C’est vu sous cet angle que le Grand dialogue national devient étrangement l’audit de ceux qui sont aux affaires…

Aussi ne nous embarrassons nous guère de deviner l’effet recherché par le président de la République quand, dans un premier temps, il reporte l’annonce de ce Grand dialogue national. Bien évidemment, persuadé des effets mécaniques de sa manœuvre quand il choisit de ne plus s’adresser à la Nation, alors que tout le dispositif d’enregistrement de son discours avait déjà été déployé, il avait déjà en tête sa petite idée pour mieux identifier les derniers obstacles de son proche entourage. Habitué des récurrents coups bas de ce proche entourage de bigotes tartarinades et de promesses perfides qui n’engagent que des gogos qui les reçoivent, il sait mieux que quiconque qu’il ne doit jamais perdre de vue les obstacles.

Mais il faut les identifier, pour savoir comment les franchir un à un, les petits comme les grands, avec une égale concentration. Ce d’autant plus que la moindre faute d’inattention peut se payer cher. C’est à cet effet que le report de l’annonce du Grand dialogue national aura soulevé des lièvres bien dodus… Curieusement, une fois le Grand dialogue national annoncé le 10 septembre dernier, ce sont les mêmes lièvres dodus qui ont commencé à frémir d’aise dans les départements et les régions pour occuper les espaces. Passés maîtres dans l’art de superposer des slogans creux pour plaire au président, ce sont les mêmes qui vont très tôt envahir les différentes commissions du Grand dialogue national en vantant le bienfondé de cette grande messe appelée à exorciser les démons de la haine et de la division.

Chacun y allant crânement de sa suprême habileté dans la reptation politique pour faire briller un militantisme de brocante dans l’optique de mieux entrainer le président Paul Biya dans un sommeil profond. Seulement, la petite mise en scène collective au niveau du parti au pouvoir pour constituer les délégations régionales n’aurait pas eu tant d’impact si elle n’appuyait pas sur un point sensible : la trahison. « Trahison ». Voilà un mot fort, terrible même, et qui laisse entrevoir une infamie… C’est justement ce mot que le président Paul Biya aurait pu, à l’occasion, employer. Il ne le fait pas, pour un souci de magnanimité. Il évite même de le prononcer. Même en petits comités.

Faits historiques

Il faut d’emblée dire que tout ceci ne serait pas bien grave et relèverait seulement de l’écume du microcosme si le Cameroun n’était pas si mal en point…Il a décidé de fermer les yeux sur les atrocités insoutenables perpétrées dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en tendant une main de pardon aux égarés de la sécession, ce n’est pas dans son parti, encore moins dans son proche entourage, qu’il va sonner l’hallali pour chasser à courre les traîtres de son parti et ceux de son proche entourage.

Cependant bien qu’habitué au folklore ubuesque de ce ceux des adulateurs loufoques qui ne savent que dérouler leurs tissus de mensonges avec un cynisme parfait, il met en avance l’intérêt général pour se draper derrière le sens de l’Etat. Car le devenir de la Nation doit toujours prendre le pas sur la défense des privilèges et la protection des clans et des réseaux. C’est d’ailleurs dans ces conditions qu’en choisissant à la dernière minute ceux de ses proches collaborateurs qui doivent épauler le Pm Dion Ngute dans sa lourde mission, il a à cœur que le droit républicain l’emporte inévitablement sur les égoïsmes partisans et les intérêts particuliers.

Evidement pour le président, tout cela doit se jouer sur un fil, dans un jeu de grands équilibres à réinventer en permanence, parfois au risque de remettre ceux qui ont jusquelà prévalu. C’est sans doute ce qui justifie ce recours à la vieille garde constituée de ses « officiers de réserve » que sont le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, Edouard Akame Mfoumou, Chief Mukete et autres Simon Munzu dont le rôle vient d’être déterminant pour le succès du Grand dialogue national. C’est peut-être un signe des temps…En effet, pour mieux tenir la nacelle de son dirigeable, le président Paul Biya opte stratégiquement pour la mise en selle de ces hommes d’envergure. C’est aussi cela la force de l’expérience pour conjurer la menace des apostats tout en les neutralisant à l’intérieur.

C’est ainsi que grâce à la ferveur patriotique de ses sapeurs-pompiers et à leurs contributions en commissions, il a pu maîtriser hardiment les caprices d’une météo socio-politique qui aurait pu à tout moment secouer la citadelle. En effet, pour de nombreux observateurs, le fédéralisme est l’antichambre de la sécession. A leurs yeux, l’engouement observé à réclamer à cor et à cri le fédéralisme lors des débats dans la commission décentralisation et développement local, n’était qu’une ruse pour tenter d’obtenir cette sécession annoncée que certains leadeurs anglophones ne parviennent pas à obtenir par des armes. Seulement, les différentes interventions de Simon Munzu portant sur le fédéralisme et la décentralisation auront suffi à atténuer les ardeurs partisanes, partiales et parcellaires des fanatiques fédéralistes.

Quant au sultan des Bamoun, son attitude suffisamment iconoclaste à aborder des thèmes qui nétaient pas à l’ordre du jour du Grand dialogue national comme la révision de la Constitution, la limitation du mandat présidentielle à 2×5 ans non renouvelables, l’élection à deux tours et la révision du code électoral, aura surtout permis de se projeter dans ce que doit-être notre pays dans les prochaines années. Ses propos étaient d’autant plus forts qu’ils sont rares chez les barons du régime au pouvoir.

Spécificité anglophone

Contrairement à l’imagerie populaire, la voix d’Ibrahim Mbombo Njoya est justement apparue comme celle de son ami de tous les temps : le président Paul Biya. Et ceux des observateurs qui ont un regard moins distrait sur ce qui se passe dans notre pays ces dernières décennies, l’ont très vite subodoré. Ils pensent même que le scénario avait été écrit à l’avance sous l’égide du président de la République.

Quant à Chief Mukete, pendant que certains observateurs hâtifs lui trouvent quelques onces de trahison en se référant à son inattendu coup de sang au Sénat, il y a quelques mois, le dignitaire de Kumba aura plutôt réussi à démontrer que les faits historiques ne cessent pas d’exister parce qu’ils sont déplaisants ou tragiques. Il lui est donc revenu le rôle de rétablir la vérité.
A savoir que le Nord-Ouest et le Sud-Ouest n’ont jamais constitué une entité politique unique, même sous administration britannique. Et que la suppression du fédéralisme a été une demande de l’Etat fédéré du Cameroun occidental et non une demande unilatérale du président Ahmadou Ahidjo.

D’ailleurs, pour la petite histoire, il faut bien rappeler que cela ne pouvait pas en être autrement. Car, après qu’il ait été élu le 5 mai 1960, le président Ahidjo, comme tous les Camerounais, avait vécu, la mort dans l’âme, le rattachement du Nothern Cameroons au Nigéria à l’issue du référandum d’auto-détermination organisée sous la tutelle de la Grande Bretagne, le 11 février 1961. Dieu merci, le Southern Cameroons avait délibérément choisi de rejoindre la République du Cameroun.

Ce n’est qu’après cela que la nouvelle Constitution fédérale fut adoptée le 17 Août 1961, afin que le 1er octobre 1961 naisse la République Fédérale du Cameroun à la suite de la réunification des deux Cameroun. A propos de cette restitution historique, la presse n’aura fait, la semaine dernière, que le service minimum. Mais bon, le doyen des sénateurs, pourrait-on penser, prêche dans le désert. Il n’y a pas foule pour prêter attention.

Pensez ! Les bien-pensants ont trop à faire. Pourtant tous ces éclairages et rappels des faits historiques auront contribué au succès du Grand dialogue national. Enfin quant à Edouard Akame Mfoumou, il est apparu au terme de sa brève et brillante intervention comme celui qui est venu dessiller les yeux des membres de la commission « Décentralisation et développement local ». Ceci, en leur demandant de recourir à l’article 62 alinéa 2 de la Constitution, afin de résoudre le problème de la spécificité anglophone. Tout en respectant la loi fondamentale comme l’a exigé le chef de l’Etat, l’initiateur du Grand dialogue national dans le cadre d’un Cameroun un et indivisible.

Source: LA NOUVELLE N° 508

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