Voici pourquoi les prêtres exorcistes se rebellent contre Mgr Philippe Alain Mbarga

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Depuis plus de deux décennies, au Cameroun, les cas de prêtres catholiques romains qui, exerçant l’exorcisme sans mandat, se démarquent de leur hiérarchie se multiplient. Enquête dans plusieurs diocèses de ce pays d’Afrique centrale.

Le père Jean Baptiste Noah Balla est prêtre de la congrégation religieuse des lazaristes. Le 2 octobre 2019, ce religieux qui se présente comme un exorciste partout où il passe à travers les diocèses du Cameroun a failli perdre la vie à la suite d’une violente altercation avec la police camerounaise. Celle-ci le recherchait après la plainte d’un membre du gouvernement camerounais chez qui il était allé prier et qu’il avait traité de démon. «?Je suis régulièrement appelé par des pauvres du Seigneur qui souffrent et qui ont besoin de délivrance?», explique le père Jean Baptiste Noah Balla, rencontré quelques jours après son altercation avec la police. «?À chaque fois que je suis sollicité, je vais prier pour ces âmes en détresse et les délivrer de leurs différentes possessions. Il y a beaucoup d’incompréhension quelques fois. Mais ce qui est important, c’est de travailler pour le règne de Dieu, face aux multiples actions du Diable?».
Le père Jean Baptiste Noah Balla n’est, aujourd’hui rattaché à aucune paroisse des diocèses du Cameroun. Il exerce librement ses activités d’exorciste partout où il est appelé.

Dans le diocèse d’Ebolowa, dans le sud du Cameroun, un autre prêtre catholique, le père Moïse Omié, ancien curé de la paroisse d’Angalé, a aussi pris ses distances avec son évêque, Mgr Philippe Alain Mbarga qui a d’ailleurs prononcé à son endroit une suspension canonique il y a un an. Il est reproché au père Moïse Omié, entre autres, des séances d’exorcisme dans les quartiers de la ville d’Ebolowa sans autorisation de son évêque. Le père Omié a finalement quitté l’Église catholique. Il se réclame de l’Église catholique apostolique brésilienne – une Église schismatique – et continue ses activités d’exorcisme en toute liberté.

Interrogé sur le sujet, Mgr Philippe Alain Mbarga estime avoir «?tourné la page de ce pasteur égaré par l’exorcisme. Nous prions pour lui?».

Bien longtemps avant le père Moïse Omié, toujours dans le diocèse d’Ebolowa, à la fin des années 1980, le père Gaspard Many, aujourd’hui décédé, avait, lui aussi eu un conflit avec Mgr Jean Baptiste Ama, un des prédécesseurs de Mgr Philippe Alain Mbarga à la tête du diocèse d’Ebolowa. En cause, «?ses multiples séances messes d’exorcismes spectaculaires?», pour reprendre une expression de feu Mgr Jean Baptiste Ama, à l’époque des faits. «?De nombreux chrétiens accouraient vers le père Gaspard Many qui avait un réel don d’exorciste. Il imposait les mains avec sa croix aux fidèles possédés et ceux-ci tombaient en transe. C’était assez spectaculaire au point que Mgr Jean Baptiste Ama lui avait demandé d’arrêter. Mais comme les fidèles venaient encore plus nombreux vers lui, le père Gaspard Many n’a pas voulu obéir à l’évêque. Le conflit est né de cette désobéissance. Mgr Jean Baptiste Ama a suspendu le père Gaspard Many qui n’en a eu cure, poursuivant ses séances d’exorcisme jusqu’à sa mort intervenue au milieu des années 2000?», se souvient Paul Owono, septuagénaire et fidèle laïc du diocèse d’Ebolowa.

L’appel des fidèles??

Dans le diocèse Douala, le père Gabriel Beboh est bien connu pour ses séances d’exorcisme. Avant sa retraite, il a eu maille à partir avec feu Mgr Jean Zoa, alors archevêque de Yaoundé, que ces séances d’exorcisme qualifiées de «?spectaculaires?» irritaient. Ces prières se tenaient, au début des années 1990, dans le quartier très populaire de Nkoldongo, à Yaoundé.

Armand Omgba Nsoé, fidèle de la paroisse Saint Kisito de Mvog Mbi à Yaoundé se souvient encore?: «?Des chrétiens venaient de partout pour retrouver le père Gabriel Beboh au domicile de sa famille au quartier Nkoldongo, à Yaoundé. Le prêtre venait de Douala une fois par mois. Certains trouvaient de la guérison suite aux prières d’exorcisme. Cela gênait fortement les prêtres du dioc

cèse de Yaoundé qui se sont plaints à feu Mgr Jean Zoa. Ce dernier a demandé à son prêtre de mettre fin à ces pratiques. C’est ainsi que le père Gabriel Beboh a arrêté de venir à Yaoundé.?»
«?Il n’y a pas d’exorcisme dans le ministère de prêtre sans la délégation de l’évêque?»

Récemment, dans le diocèse de Bertoua, dans l’est du Cameroun, les médias nationaux ont raconté une anecdote selon laquelle un prêtre – dont l’identité n’a pas été donnée – a échappé à la mort à la suite d’une séance d’exorcisme dans le village de Diang, à une trentaine de kilomètres de Bertoua. Il avait été appelé par des villageois qui se plaignaient de pratiques de sorcellerie dans leur village. Le prêtre exorciste avait été conduit au cimetière du village, lieu supposé être le repaire des sorciers. Il s’est mis à couper les arbres et un des arbres en tombant a failli l’écraser. Mis au courant l’archevêque de Bertoua, Mgr Joseph Antanga a dénoncé la présence de ce prêtre exorciste qui est entré dans son diocèse sans se signaler.

Pour Claude Bayemi, laïc catholique fondateur de la communauté missionnaire de Cana, une congrégation religieuse qui comprend les laïcs et les consacrés «?ces pratiques des prêtres exorcistes rebelles sont de plus en plus courantes hélas. Mais il y a lieu de savoir que l’exorciste en chef dans chaque diocèse est l’évêque. Il n’y a pas d’exorcisme dans le ministère de prêtre sans la délégation de l’évêque?».

Dans le diocèse de Sangmélima, au sud Cameroun, Mgr Christophe Zoa, pour éviter ces écueils, procède chaque année à la désignation officielle du prêtre exorciste de son diocèse et demande aux fidèles qui ont besoin de prières de guérison de se référer à ce dernier uniquement.

Source: Camerounlink.com

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